Série Sense 8 : « L’universalisme sibyllin des Wachowski »

Les Wachowski se lancent dans les séries télévisées. Actuellement disponible sur Netflix, Sense 8 n’est pas sans rappeler le canevas du film Cloud Atlas. Parfois hermétique, la série frôle l’impénétrable et exige de la patience. Elle brouille le sens de son intrigue pour se concentrer sur l’osmose des cinq sens qui unissent huit personnes à travers le monde.

Tout commence par un tour du monde visuel. Des images se succèdent symbolisant les différents pays du globe avec leurs cultures. Très ambitieuse, la série se veut une fresque de la globalité. Huit personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent mystérieusement en lien à travers la planète. S’approchant d’une télépathie sensorielle, leur don leur fait éprouver les sensations des uns et des autres. La révélation de leur nouveau pouvoir leur est donnée par l’apparition du sujet Zéro, leur mère symbolique qui se suicide alors qu’elle est sur le point d’être enlevée par l’organisation qui la traque.

Une visée encyclopédique

Cette vision va changer le quotidien de ces personnages ordinaires. Ces derniers vont alors se retrouver au cœur d’une conspiration mondiale qui cherche à contrôler et à détruire leur incroyable don. Plus ou moins charismatiques, les huit personnages incarnent chacun une culture ou une orientation sexuelle. Ces traits caractéristiques sont sensés représenter l’humanité dans toutes ses composantes. Comme un Atlas du monde, Sense 8 parcourt le globe en tout sens. De l’Inde, à l’Angleterre, en passant par la Namibie, le Mexique, les États-Unis, l’Allemagne et la Corée du Sud, Sense 8 mêle les cultures, comme les genres télévisés. En effet, en fonction des métiers des personnages, Sense 8 devient série policière, telenovela, docufiction ou encart publicitaire. Si l’on peut se réjouir d’être dérouté par un concept qui se veut original et novateur, il faut du sens. Et, c’est qui manque à cette nouvelle série sibylline. En outre, en matière d’originalité, Sense 8 tient d’Heroes et de Lost.

Une ode à Pan

C’est que la série est en réalité une ode à Pan, la divinité antique symbolisant l’univers, le Tout. Cloud Atlas avait l’ambition de traverser les époques, les lieux et les apparences en montrant comment les âmes pouvaient se reconnaître même réincarnées. Dans Sense 8, comme l’indique le synopsis, chaque épisode est la pièce d’un puzzle complexe. Pour avoir accès à Pan, c’est-à-dire voir la totalité, il faut patiemment le recomposer. En cela, les Wachowski se refusent à donner un sens préconçu à leur œuvre. C’est au spectateur de construire le sens de ce qu’il regarde. Cette inclusion du spectateur dans la fresque d’ensemble rend compte d’une volonté participative.

Une « pan-série »

La prise de risque est donc maximale pour la série. En effet, trop hermétique et trop sibylline, elle court le danger de rebuter. Les messages mystiques essaimés dans la trame sont autant d’indices curieux qu’il faut rassembler. A la fois pansexuelle, panculturelle, panraciale, pansociale et pansensitive, la série Sense 8 est une ode à notre monde moderne. Si les personnages sont tous connectés par les sens, leur lien n’est pas sans évoquer les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. Tous connectés, tous surveillés, l’individualité existe-t-elle encore ? Comme l’indique le titre Sense 8, les huit individus ne font plus qu’un. Il y a là un hiatus quand on voit que les personnages sont individualisés à l’extrême et que leurs différences est mises en avant. C’est que le sens sous-jacent réside dans une contemplation de l’ouverture totale. En partageant leurs sens, les contours des individus s’estompent dans une communauté mondiale bienheureuse.

La fin du héros solitaire

En effet, malgré leurs caractéristiques, aucun des huit personnages ne prend le dessus sur les autres. C’est la fin du héros solitaire et l’avènement des héros. Dans Sense 8, la ligue des Heroes n’est pas volontaire mais contrainte par d’incroyables circonstances. Qu’est-ce que ce pouvoir implique pour le monde ? Pourquoi eux ? Quel rôle ont-ils à jouer ? Quel est le but de l’organisation ? Autant de questions qui restent en suspens car la série préfère soulever les interrogations plutôt que de les résoudre. En outre, les épisodes s’apparentent à un passage en revue des actions des huit personnages. Certes, certains communiquent à distance entre eux, mais l’interaction est momentanée. Désunis spatialement mais unis par leur don, les Sense 8 semblent être un prétexte pour célébrer une Humanité riche de ses différences et plus forte de ses variations.

Quelques stéréotypes et maladresses

Non sans maladresse, la série met en scène des personnages attaqués dans leur environnement quotidien. L’Atlas mondial devient ainsi par moment guide touristique avec des hauts-lieux sensés caractérisés la culture du pays et qui sombre dans les stéréotypes. Pour ne citer que certains d’entre eux, le père de l’héroïne indienne tient un restaurant, l’héroïne coréenne est cadre dans une grande entreprise, enfin l’héroïne transsexuelle et lesbienne vit à San Francisco et défile lors de la Gay Pride. Ces présupposés attendus ne vont pas dans le sens de l’originalité de la série. La globalisation s’instaure par des stéréotypes lisses à l’extrême qui ne se risquent pas au moindre contre-pied alors que la réalité repose sur l’inattendu. Paradoxalement, à vouloir représenter le monde dans ses complexités, Sense 8 les réduit au personnage attendu du show comme dans un encart publicitaire. Si la réalisation est soignée, l’ensemble reste parfois trop lisse. A découvrir cependant!

Publicités

2 réflexions au sujet de « Série Sense 8 : « L’universalisme sibyllin des Wachowski » »

  1. Ah perso j’ai adorée, meme si je comprend certain de t’es point.

    Pourtant le premier épisode fait un peu peur (on va dire qu’il sert surtout d’exposition), ensuite ça devient vraiment chouette à condition d’accepter le fait que c’est une série qui prend son temps à poser les bases : chaque personnage est vraiment présenté dans un contexte et la série prends le temps de les faire exister avant de commencer d’entrer définitivement dans le vif du sujet.

    En terme de ruptures de tons, on continu dans la lignée de Cloud Atlas : une grosse scène de comédie passe après une scène dramatique qui passe après une scène romantique (bien sur, le tout se mélange).

    Est là où les Wacho ont tout compris à la vie c’est qu’ils ne parlent pas hétérosexualité, ni d’homosexualité, mais simplement de pansexualité. Tout être humain né ainsi et devrait le rester jusqu’à la fin de ses jours mais l’évolution de l’Homme à fait qu’on nous demande de choisir une catégorie pour être conforme à la société actuelle, ce qui selon moi demeure l’erreur ultime de l’être humain.
    En définitive, Sense8 aborde le thème des relations humaines comme personne n’a osé le faire avant et putain on en veut encore parce qu’il y a qu’a voir comme c’est beau quand on regarde le monde sous cet angle!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s