Série Poldark : « Entre réalisme historique et romantisme, une adaptation sublimée »

Le remake de Poldark vient d’être lancé par la BBC One. Inspirée des romans de Winston Graham, cette fresque mêlant romantisme et intrigues politiques avait fait l’objet d’une saga à succès en 1975. Cette fois, c’est Aidan Turner (notamment vu dans le rôle de Kili dans The Hobbit) qui incarne Ross Poldark. Le lancement de ce remake a rassemblé sept millions de curieux lors de la diffusion du premier épisode. Dans le décor sublime des Cornouailles, le spectaeur plonge dans l’Angleterre de la fin du XVIIIe siècle.

Sous ses faux-airs de Nicolas Le Floch, l’acteur reprend le costume du capitaine Ross Poldark. Après la guerre d’Indépendance Américaine dans laquelle il s’était engagé dans les forces anglaises pour effacer ses dettes de jeux, il revient dans sa région natale, les Cornouailles. Il y espère retrouver un peu de paix. Malheureusement, à son arrivée, il apprend la mort brutale de son père et découvre que sa compagne, Elizabeth, a décidé d’épouser son cousin. Trois ans après son départ, il retrouve les affaires désastreuses laissées par son père : la mine familiale est fermée, les métayers ne sont plus payés et les banquiers refusent de prêter à Ross. Face à ce marasme, Poldark ne se laisse pas abattre et décide de relever son domaine, son héritage et son nom.

Signée Debbie Horsfield (All The Small Things), cette nouvelle adaptation est une belle surprise. L’intrigue échappe à la mièvrerie en se centrant sur le caractère exemplaire de Ross. Malgré sa propre misère, il n’hésite pas secourir la jeune Demelza. Poldark est une force de la nature qui va devoir faire face aux machinations de Georges et de son oncle, des nobliaux qui ont fait fortune dans le commerce. Ravagés par la jalousie, ils rêvent d’anéantir le nom des Poldark, plus prestigieux et plus ancien que le leur.

Si Poldark est un drame romantique conventionnel, qui ne révolutionne pas le genre, on peut noter qu’il ne sombre jamais dans la mièvrerie. Certes, le triangle amoureux est bien présent avec un héros tiraillé entre ses sentiments pour son ancienne compagne et son amour naissant pour la jeune Demelza. Malgré cela, on suit avec plaisir cette intrigue bien ficelée, où des scènes de la vie quotidienne du XVIIIe siècle alternent avec des duels et des bagarres. En outre, la série est magnifiée par des panoramas grandioses sur la côte des Cornouailles.

Les décors et les costumes soignés signalent les ambitions d’une production qui souhaite résolument immerger le spectateur dans l’atmosphère de l’Angleterre du XVIIIe siècle. La rusticité champêtre et sa simplicité font contrepoint aux banquiers et autres hommes d’affaires qui tiennent à la gorge les aristocrates, propriétaires terriens. Aussi, serait-il injuste de réduire Poldark à un drame romantique car la série réussit le tour de force de nous plonger dans la fin d’un monde. En effet, à la fin du XVIIIe siècle, l’Angleterre industrielle et bourgeoise est sur le point de l’emporter sur l’Angleterre paysanne et aristocratique. L’ancien monde se meurt : Poldark pourrait partir à Londres faire du droit. Il s’y refuse. C’est cet attachement à l’héritage et au patrimoine, même en ruines, qui rend Ross Poldark héroïque et poignant.

Son combat est celui d’un Don Quichotte qui défend encore les valeurs chevaleresques et courtoises dans un monde où c’est le plus brutal et le plus machiavélique qui l’emporte. Dans cet univers violent, où sans argent, l’on n’est rien, Poldark apporte bienveillance et humanité. Gentleman jusqu’au bout, un brin archaïque dans ses manières d’un autre âge, il est le reflet de toute une caste qui se sent disparaître sous les créances.

Si des embruns mélancoliques soufflent sur la lande des Cornouailles, c’est que l’on sait que Ross Poldark est un survivant. S’il a survécu à la guerre d’Indépendance Américaine, il doit à nouveau survivre dans un monde en pleine évolution. Il incarne un homme droit qui ne renie ni ses principes, ni ses valeurs, en dépit de sa relative misère. En cela, Poldark n’est pas un héros de temps modernes, mais une figure ancienne, celle issue de la chevalerie et du romanesque. Brillamment incarné par Aidan Turner, Poldark est en quête de renaissance et d’espérance. Cette nouvelle adaptation livre une fresque historique et romanesque tout à fait captivante et très prometteuse. A suivre donc !

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