Saison 3 Banshee : « Orange mécanique d’une Amérique crépusculaire »

Produite par Alan Ball, à qui l’on doit notamment True Blood et Six Feeth Under, l’excellente série de Cinémax esthétise l’ultra-violence de manière magistrale. Jamais gratuites les tueries trashs ou les scènes de sexes composent l’univers esthétique d’une intrigue sombre et complexe.  Banshee, c’est le nom d’un des innombrables bleds que compte cette Amérique rural fantasmée où marginaux bouseux, affairistes véreux et citoyens respectables se côtoient. Entre ville et campagne, ces territoires couverts de forêts sombres et mystérieuses abritent des personnages qui cherchent à échapper à leurs passés.

Dans la saison 3, Banshee est en état de guerre. Menée par un chef charismatique, la tribu indienne des Redbones est sur le sentier de la guerre. En quête de vengeance, les natifs qui sont relégués à la marge de la société, s’attaquent à Kai Proctor, le parrain local, toujours poursuivi, toujours relâché par la justice. Au milieu de ce chaos, on retrouve avec plaisir Lucas Hood, Carrie et Job.

Bien loin d’être réductible à une simple série B, les scènes de violences crues et de bagarres sont orchestrées avec maestria. Ode à la désespérance et aux destinées brisées, Banshee est avant tout le récit d’un engrenage tragique duquel les personnages sont inévitablement prisonniers. Dans cette saison 3, la chute mortelle s’accélère. La multiplication des morts et des confrontations renforcent la solitude de héros et d’héroïnes « déjà morts », comme la nièce de Proctor ou encore la sœur du chef indien assassiné.

Jonathan Tropper et David Schickler placent sur le même plan femmes et hommes à l’apparente indestructibilité. En réalité, leurs failles sont immenses. La réussite de Banshee repose sur cette respiration entre émotions et scènes gores. Cette série se signale également par sa bande-son rock’n’roll et blues qui vient rythmer admirablement les rebondissements de l’intrigue et les instants plus mélancoliques, où les personnages s’interrogent sur la pente fatale qu’ils suivent malgré eux. Les répliques acides fusent et contribuent à l’ambiance sombre et volontairement déstructurée de Banshee. Pour chacun des personnages, il est trop tard pour se prendre au sérieux, pour faire un drame de quoi que ce soit et pourtant ils conservent une éthique personnelle qui leur évite de sombrer totalement.

Particulièrement pessimiste, Banshee lance un lancinant « no future ». Nombre des combattants sont des combattantes. Les femmes font jeu égal avec les hommes. A l’ombre de Banshee, le monde apparaît sans issue et sans pitié. Nul répit n’est laissé aux personnages traqués par les figures d’un passé qu’ils tentent de laisser derrière eux. Cette dystopie particulièrement sombre explore l’impossibilité de tout recommencer à zéro. L’atrocité des confrontations rend compte d’un univers qui confine à la bestialité comme dernière manière de se sentir exister.

Tout est spectaculaire dans Banshee : la cruauté psychologique, les fusillades sanglantes, les vengeances inexorables et sans pitié, le désespoir des personnages et le vertige qui les saisit devant les cadavres désarticulés de leurs proches. Cette guerre totale et sans merci commande des sacrifices inimaginables. Devant le nombre de redbones tués durant ses opérations, leur chef déclare, sans ciller, qu’ils sont morts pour une cause juste. Dans cette troisième saison, l’engrenage fatal et sanglant s’accélère. Peu à peu, les identités d’emprunt et les postures se fracturent pour laisser entrevoir des individus démunis et qui ne savent comment s’en sortir.

« Tout ce que tu touches se transforme en sang » déclare son adjoint au sheriff Hood. La mécanique de l’horreur fonctionne à plein et emporte les innocents. Les méthodes de Lucas Hood ne sèment que mort et désolation dans la ville de Banshee. Ultime déclaration de guerre, on ne respecte plus les défunts du camp ennemi. L’atmosphère sanglante rend compte d’une inexorable chute vers le chaos sublimé par une bande son inquiétante. En réalité, l’expiation ne semble pouvoir être atteinte que par le spectacle de l’horreur comme une catharsis collective. Au-delà du sexe et du gore, Banshee est le chant d’outre-tombe de personnages déjà morts. Ces mort-vivants, errants, répètent leurs erreurs comme ils répètent leurs casses, tournent en rond, trébuchent entre deux tueries et entre deux coucheries. Banshee est la fresque sublime d’une Amérique crépusculaire, où seule la voie du sang, du tribal au tripal, est encore possible. A découvrir de toute urgence !

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