Bojack Horseman : « La comédie désopilante de Netflix qui flingue Hollywood »

En septembre dernier, Netflix lançait Bojack Horseman, la première création de Raphael Bob-Waksberg. La première saison de douze épisodes est jusque là un peu passée inaperçue alors qu’elle se caractérise par une veine comique diablement efficace. L’habituel canevas du has-been dépressif est totalement renouvelé. Dans un monde anthropomorphique où se mêlent humains et animaux, le héros est un cheval, vedette déchue d’une sitcom culte. Dans une tonalité douce-amère, on suit ses errements aussi hilarants que poignants. Le personnage usé par l’industrie hollywoodienne oscille entre phase de spleen et logorrhées délirantes. A la fois désabusé et convaincu de son futur retour en grâce, Bojack accepte d’écrire ses mémoires. L’écrivain Diane se charge de mettre en forme ses souvenirs. La jeune femme le suit dans son quotidien ubuesque.

Parallèlement à ce grand œuvre sensé relancer sa carrière, Bojack doit gérer Princesse Caroline, son ex- et son agent (sous les traits d’une chatte) ainsi que son colocataire aussi paresseux qu’incontrôlable. L’anti-héros désagréable se meut bientôt en personnage complexe et sympathique. Cette comédie est une peinture douce-amère passionnante d’un monde aussi clinquant qu’absurde. Distillés avec brio, les gags visuels surprennent toujours et amènent la touche décalée qui rend absolument dérisoire les rêves de gloire de Bojack.

Dans cette série animée, tous les détails font sens et introduisent une satire au vitriol d’un Hollywood en perdition. La dépression du personnage, aussi drôlatique que triste, renvoie aussi aux errements de notre monde contemporain obnubilé par le paraître, le sexe et la richesse. Cette série parvient à saisir derrière les vanités et l’apparence creuse des personnages, une profondeur et une douceur qu’il faut absolument cacher.

Merveilleusement cynique, la série dépeint au vitriol une industrie artistique à la dérive. Argent, sexe, personnages décalés et ridicules foisonnent et, au milieu de ce cirque d’egos surdimensionnés, la sublime déprime de Bojack fait un merveilleux contre-point. Enfant du siècle, totalement désenchanté, l’acteur déchu court à son autodestruction crânement. Les fulgurances truculentes rendent les répliques des personnages savoureuses. Le générique de la série, signé Patrick Carney, le batteur des Black Keys, symbolise parfaitement le désenchantement cynique de la série qui érige les frasques et le mauvais-goût en art de vivre.

La satire des nababs californiens, aussi bien d’acteurs, comme Mister PeanutButter, dépeint sous les traits d’un chien aussi agaçant que sémillant, que de réalisateurs, notamment Quentin Tarantino qui apparaît sous la forme d’une tarentule, vire au délire jouissif. Hallucinations, second degré, drogue, binge drinking, sniffs de coke : Bojack Horseman plonge dans les méandres de la perdition de manière totale. Relater la destinée d’une gloire déchue met en abyme, plus largement, la course folle et sans but de notre monde contemporain. Restent que les enflures des egos, les extravagances, les petitesses des personnages subsisteront comme les marqueurs de ce theatrum mundi, tragi-comique, monstrueux et poignant à la fois. Derrière la dérision désopilante, ne reste plus que le règne de la mélancolie. Humour corrosif et complexités sont au programme de cette excellente comédie. Une seconde saison a d’ors et déjà été annoncée pour l’été prochain. A découvrir d’urgence !