Série Hell on Wheels saison 4: « L’aube infernale du transcontinental »

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Les séries historiques sont actuellement en vogue sur les chaînes américaines. Alors qu’History bénéficie du succès de sa série Vikings, AMC vient de lancer la saison 4 de sa série Hell on Wheels (l’enfer sur roues en référence à la locomotive à vapeur). Cette série relate l’histoire d’un ancien soldat sudiste, Cullen Bohannon (Anson Mount) qui rejoint le chantier du chemin de fer reliant l’Est à l’Ouest du territoire américain. Pour ces damnés, attachés aux rails qu’ils doivent poser dans des territoires inhospitaliers, l’errance et la violence sont des évidences. Sans concession, cette série propose un regard réaliste et désenchanté sur le rêve américain.

Le progrès technique au service de la colonisation

Loin de l’énième fiction reposant sur des faits réels, pontifiante au possible, Hell on Wheels relate sans fard, depuis quatre saisons, une conquête de l’Ouest cauchemardesque. Lupanars, meurtres, maisons de jeux, suintement et fange : tous les détails dépeignent un no man’s land où la sauvagerie des hommes n’est jamais loin. Dans le Grand Ouest, la construction de ce chemin de fer est politiquement cruciale. En effet, celui-ci rendra effective une véritable union des Etats. De surcroît, pour le gouvernement central, les vastes espaces de l’Ouest, où vivent encore de nombreuses tribus indiennes, doivent être colonisés prioritairement par les nouveaux colons qui débarquent, chaque jour plus nombreux, sur les côtes américaines. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on suit les aventures de cet ancien soldat qui a tout perdu et qui tente, pourtant, de prendre un nouveau départ. Il trouve en la protection d’une mormone et de son nourrisson une nouvelle raison de vivre.

A la conquête des espaces immenses

Superbement filmés, les paysages grandioses apportent le souffle épique nécessaire à la série. L’hostilité de ces nouveaux espaces que le poète Emerson célébrait notamment dans Nature (1836), souligne la fragilité et l’insignifiance des hommes. Comme les pionniers de l’époque, on est happé par ces territoires sauvages où seuls les Indiens et les loups vivent. En pénétrant dans des bourgades à peine sorties de terre, on sait d’emblée que l’appel du rail sous-tend la progression conquérante des chercheurs d’or et autres colons. Une galerie de personnages hauts en couleur se déroule sous les yeux du spectateur. On y retrouve une femme pasteur qui tente d’insuffler l’espoir et la croyance en Jésus Christ à une communauté perdue. Usuriers, banquiers, chefs de chantier peu scrupuleux, cow-boys ténébreux et indiens menaçants complètent le paysage hostile de ces nouveaux territoires.

La question de la civilisation

« L’homme est un loup pour l’homme ». En partant de cette fameuse formule du Léviathan, la série Hell on Wheels aborde la monstruosité en débutant comme une vendetta puisque le héros solitaire est déterminé à venger le meurtre et le viol de sa femme. Comme l’ordre est défaillant, Cullen Bohannon s’engage de plus en plus dans le chantier pour retrouver les assassins. Les saloons aux atmosphères tempétueuses, les règlements de compte faciles, les cadavres en cours de putréfaction abandonnés sur place dans l’indifférence générale,  la cupidité et l’avidité érigées en principes pour survivre : tous ces thèmes sont remarquablement abordés dans cette série. Paradoxalement, l’avancée technique la plus remarquable de son temps – le chemin de fer – ne sème autour d’elle que mort et destruction.

Des personnages féminins plus présents

Cette saison 4 se signale par la prééminence du débat religieux. Ce sont deux femmes qui l’incarnent : la pasteur et la mormone protégée par le héros. Elles partagent une défiance similaire avant de s’apprivoiser. Ce traitement ingénieux de la condition des femmes dans l’Ouest permet de jeter une lumière nouvelle sur ces âmes en perdition ou marginalisées qu’il faut faire à nouveau rentrer dans le troupeau. La ligne ferroviaire transcontinentale est elle aussi présentée sur les encarts publicitaires comme une avancée prodigieuse qui apportera la civilisation sur des terres dites sauvages. En réalité, la religion chrétienne et celle du progrès se rejoignent dans cette fresque noire car elles symbolisent, toutes deux, des idéalismes qui se fêlent et qui volent en éclats devant la dureté des sacrifices consentis par les forçats du rail. En cela, la pasteure et Thomas Durant (Colm Meaney), l’entrepreneur véreux du chemin de fer qui sacrifie des vies pour assouvir son avidité, s’emploient tous les deux à convertir leurs ouailles. Pour la première, il faut ramener les âmes à la lumière, pour le second, ce sont ses troupes de forçats qu’il faut convaincre du bien-fondé de cette entreprise titanesque.

Une épopée désabusée

La pluie incessante, la boue, l’humidité permanente des vêtements et la saleté concordent pour donner une vision d’un monde en gestation. On y croise, hagards, les derniers Indiens qui représentent l’ancien monde. Ils assistent impuissants à la confiscation de leurs territoires. Hell on Wheels aborde avec brio les désillusions du rêve américain. Comme une balafre au milieu de territoires inexplorés, la ligne ferroviaire est le signe d’une appropriation par l’Homme blanc d’une géographie qui appartenait aux Peaux-Rouges. Cette série très noire et mélancolique réfère également aux milliers de pionniers et de forçats oubliés qui sont restés au bord des rails lors de la construction du chemin de fer. Ce chantier pharaonique a non seulement été un scandale financier retentissant mais aussi un carnage en vies humaines. Pour ces décors majestueux, son casting soigné et les réflexions qu’elle suscite, la saison 4 de Hell on Wheels est toujours aussi excellente ! A suivre absolument !