Death Parade : « Un animé qui explore les arcanes de l’au-delà avec facétie »

« L’enfer, c’est les autres », écrivait Sartre pour saisir sa peinture d’un au-delà éminemment oppressant. Dans cette veine, l’animé Death Parade livre une fresque esthétiquement superbe du Purgatoire. Réalisée par Yuzuru Tachikawa, cette nouvelle production des studios Madhouse est une adaptation du film Death Billiards, sorti en 2013.

A pile ou face, risquer le sort de son âme

Diffusé le 9 janvier dernier sur la chaîne nippone NTV, le premier épisode intitulé « Sept fléchettes » plonge immédiatement le spectateur dans l’atmosphère. Les nouveaux « invités » se retrouvent dans un mystérieux bar sans le moindre souvenir de leur arrivée. Un serveur les accueille en les obligeant à participer à un jeu qui mettra leur vie en jeu. Or, il s’avère que les joueurs sont déjà morts. L’énigmatique barman est un arbitre déterminant si leurs âmes iront en Enfer ou au Paradis. Dans ce premier épisode, le jeu de fléchettes d’un genre très particulier mêle torture physique et mentale.

Les fléchettes ou la métaphore des fautes cachées

Dans Death Parade, l’arbitre reste en dehors des querelles qui éclatent entre les participants. Le jeu n’est que le prétexte à tester les réactions de ceux qui sont déjà morts pour déterminer la valeur de leurs âmes. Secrets de famille, doutes, confessions, terreurs et souffrances éclatent dans un décor soigné. L’arbitre est le témoin des secrets qui se font jour. La vérité échappe car on ne sait si les vérités assénées douloureusement ne sont pas aussi des mensonges pour blesser celui que l’on a aimé.

Un Purgatoire jazzy esthétiquement superbe

Ce mystérieux bar, improbable anti-chambre de l’au-delà, à la fois décalé et approprié car représentant un lieu de passage où l’on ne reste pas, c’est le Queen Dequim. Le jugement des âmes des morts en attente d’une seconde vie s’opère dans une ambiance jazzy et néo-gothique. Qu’ils soient graves, décontractés ou fantasques, les personnages qui hantent ce lieu composent un cercle haut en couleur. Dequim est le tenancier du bar et l’arbitre durant les jeux. Très respectueux et discret, il préside aux jugements des âmes des morts. Très hiérarchisé, l’au-delà se révèle une structure en étages où tout peut être observé. Deux ascenseurs permettent soit de monter au Paradis, soit de descendre en Enfer.

Quand les masques tombent : entre sadisme et introspection intérieure

Chaque épisode propose deux joueurs qui vont s’affronter. Dans le premier, Takashi concourt contre sa femme Michiko. Tensions et surprises apportent un rythme soutenu à cet animé détonant. Les rosaces sont autant d’yeux scrutant le passé des joueurs où se trouve déjà une partie de la réponse qui déterminera leur sort. Sur ce point, il n’est d’ailleurs pas anodin que le personnage s’approchant le plus de Dieu soit un vieillard dénommé Oculus. La trame originale représente des proches ou des amis faisant preuve de cruauté morale ou physique les uns envers les autres. Mais l’ensemble ne sombre ni dans le manichéisme, ni dans le gore. Les jeux d’ombre et de lumière de cet environnement ténébreux constituent l’écrin de ces anges de la mort un peu particulier.

Une bande-son lugubre et solennelle

Yuki Hayashi propose une bande-son lugubre et solennelle qui sublime cet animé envoûtant. En outre, les décisions des arbitres, parfois inattendues, renforcent leurs caractères étranges et imprévisibles. Le premier couple va faire l’expérience d’un premier jeu à la frontière entre le sadisme mental et l’introspection intérieure. Le premier épisode lance parfaitement Death Parade qui mêle avec brio grâce et gravité. A savourer !

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