How to get away with murder : « Lesson 1: De l’art de flouer la justice »

Dans la galaxie des séries signées Shonda Rhimes, une nouvelle étoile est apparue sur ABC. Intitulée How to get away with murder (littéralement « comment s’en sortir avec un meurtre »), cette production immerge le spectateur dans l’univers d’une respectable université américaine. Les premières images semblent d’ailleurs tirées d’un prospectus vantant les charmes du campus. Dans la lignée de Scandal et de Grey’s Anatomy, une femme afro-américaine joue les premiers rôles. L’excellente Viola Davis incarne avec brio l’autoritaire et mystérieuse professeure Keating qui enseigne le droit, parallèlement à son métier d’avocate.

Professeure Keating : Un Machiavel en jupons

Entre fascination et aversion, les étudiants se démènent pour faire partie des quatre élus qui auront l’honneur de collaborer étroitement avec l’équipe d’avocats du professeure Keating. Véritable chef de troupe, celle-ci ne transige pas avec la défense de ses clients, quitte à transgresser la loi elle-même. Autour de cette femme éminemment dérangeante qui oscille entre manipulation et professionnalisme, la moralité, la justice et la vérité sont des notions qui deviennent troubles. En ce sens, délicieusement ambiguë, la vérité devient non plus ce qui est assuré mais ce qu’il s’agit de faire croire en manipulant les preuves. Cette approche machiavélique du métier d’avocat rend compte du problème éthique suggéré par la disculpation d’un coupable.

Les trois règles d’or: « discréditer le témoin; proposer un autre suspect et enterrer les preuves »

En outre, le rythme soutenu de la série permet de varier les points de vue et de multiplier les affaires annexes de sorte que l’on est bien loin du traitement placide d’un procès à la Perry Mason. C’est que l’enjeu est ailleurs, il s’agit moins d’apprendre aux étudiants à rendre la justice que de leur apprendre à relever un défi : disculper un accusé a priori coupable en troublant le jury de manière à ce que le doute raisonnable s’immisce dans son esprit. Cet art de la triche et de l’illusion est parfaitement maîtrisé par Keating. Alors que Wes Gibbins, l’un de ses meilleurs étudiants, l’a surprise en compagnie de son amant, elle se livre peu après à une pantomime sentimentale qui a pour seul but de manipuler son élève pour que son empathie lui assure son silence.

Ensevelir la vérité comme un cadavre

Aussi, les apparences ne sont-elles jamais ce que l’on croit de prime abord. La vérité possède un triple-fond que Keating prend un malin plaisir à décliner. La narration elliptique permet de semer les indices d’une trame d’ensemble. On retrouve donc, trois mois plus tard, les quatre élèves élus par Keating dans la forêt en train d’essayer de brûler un cadavre pour effacer toute trace d’ADN. C’est l’occasion pour Wes Gibbins, Connor Walsh, Michaela Pratt et Laurel Castillo de mettre en pratique les enseignements de Keating. En l’occurrence, le cynisme et l’enthousiasme de la compétition trois mois auparavant semblent bien loin.

Une relation complexe prof/ élèves

How to get away with murder propose alors de transformer les types habituels d’étudiants, l’ambitieuse effrontée, la timide brillante, le dandy pédant et le brave type, en complices d’un assassinat. Comment en sont-ils arrivés là ? Comment vont-ils s’en sortir ? Conduits dans leurs derniers retranchements, nul doute que certains franchiront la ligne rouge. La série joue sur cette relation ambiguë entre la prof et ses étudiants. Malgré certains de ses aspects classiques, cette trame se regarde avec plaisir car elle préserve le suspens intact pour les prochains épisodes.

Un meurtre peut en cacher un autre

L’imprévisibilité repose sur la multiplicité des affaires enchevêtrées les unes aux autres. Au cadavre de la forêt vient se surajouter, trois mois auparavant, la découverte du corps d’une jeune fille dans un réservoir d’eau. Le campus idyllique des premières images s’évanouit au profit d’un espace dangereux où un meurtre peut en cacher un autre. En cela, cette série est originale car elle renverse la perspective. Dans les séries judiciaires habituelles, il s’agit de faire la lumière sur une affaire et de découvrir la vérité alors que dans How to get away with murder, la finalité est toute autre. Peu importe la vérité, l’essentiel est de faire illusion et d’occulter les preuves à charge ou de les transformer en moyens de disculpation.

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