Séries : De quoi les zombies sont-ils le nom ?

La figure du zombie a envahi les séries US. L’occasion de revenir sur les significations du phénomène zombie que l’on retrouve dans nos rues lors de la « Zombie Walk » où chacun est convié à se grimer en mort-vivant.

Depuis la saga horrifique des films de Romero dénonçant, entre autres, la toute-puissance du consumérisme aux Etats-Unis, les représentations du zombie se sont multipliées. Deux axes majeurs se dessinent dans la représentation moderne du zombie : soit les vivants sont encore majoritaires et on essaie d’intégrer le mort-vivant, soit les morts ont fini par l’emporter sur les humains en bonne santé, et les survivants sont condamnés à survivre.

Quand la vie éternelle se transforme en Enfer infini

Le second aspect est le plus conventionnel. Si le succès de The Walking Dead ne se dément pas depuis cinq saisons, c’est que la série de Robert Kirkman explore un univers post-apocalyptique où les monstres sont les morts ressuscités. Cette production est celle qui s’inscrit le mieux dans la représentation traditionnelle du zombie. Ce terme est paradoxalement toujours soigneusement évité. Les personnages parlent de « Walkers », comme pour souligner l’errance sans fin des morts. Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, la fin des Temps est signalée par la résurrection des Morts. Seulement, la figure du zombie prend le contre-pied des trois désirs les plus chers à l’humanité : la résurrection, la vie éternelle et la jeunesse éternelle. Les zombies ne meurent pas, ne vieillissent pas, ne souffrent ni de la soif, ni des maladies: seule une voracité mécanique et insatiable les anime.

L’impossible requiem in pace

En cela, ces rêves humains se transforment en cauchemars éveillés. Les héros de The Walking Dead, avec le shérif Rick Grimes à leur tête, sont des survivants piégés dans la spirale sans fin de la survie. Plongé dans un ailleurs cauchemardesque où tous les piliers de la société se sont écroulés, même les refuges comme Alexandria, sont des mirages. Comme une représentation infernale, les vivants sont condamnés à vivre coûte que coûte, s’ils ne veulent pas connaître la vie de ces morts qui ne meurent jamais. La mort est en deux temps, il faut que quelqu’un vous la donne comme une grâce. Dans la série Z Nation, avatar très second degré de The Walking Dead, cette dimension est soulignée par l’expression « I give you mercy ». Insistant particulièrement sur le soin d’apporter une mort libératrice du tourment, Roberta Warren est la grande prêtresse de ce rite indispensable pour donner le repos aux âmes.

Le cannibalisme ou la grande peur de la dévoration

La peur lancinante de la dévoration recouvre la terreur primitive du cannibalisme, particulièrement bien rendue dans The Walking Dead et Z Nation. Non seulement, le danger réside dans des zombies affamés qui peuvent vous dévorer vivant à tout moment, mais aussi dans les autres survivants. Qu’il soit institutionnalisé au cœur de la communauté qui se sert du Terminus comme d’un appât pour ses proies ou le fait d’une famille d’anthropophages  qui protège jalousement son garde-manger dans Z Nation, le cannibalisme est un prétexte à la représentation éminemment dérangeante de la cruauté humaine. Dans ces cas extrêmes où l’Apocalypse engendre la folie, la survie passe par celle du plus fort. Alors, nul échappatoire à l’horreur de découvrir des personnes démembrées par d’autres êtres humains. A contrario, la série I-Zombie propose de désamorcer la dévoration en montrant la jeune Liv se sustentant des cerveaux de cadavres de manière contrôlée. Le tour de force de la série est d’ériger le repas du zombie en acte de la vie quotidienne.

L’origine du Mal

A l’origine de la « zombification », on trouve un virus devenu incontrôlable. Sur ce point, Robert Kirkman refuse de qualifier de prequel, Fear the Walking Dead (sortie prévue le 12 juin), le spin-off de The Walking Dead. Pour lui, relater les causes de l’Apocalypse n’est pas le plus intéressant. Il est vrai que la franchise joue sur le non-dit pesant des origines du Mal. Ce dernier pèse comme un tabou tout au long de l’errance des survivants. La nouvelle série se centre sur un groupe de survivants à Los Angeles. Ce dernier pourra croiser sporadiquement des personnages de la série The Walking Dead.

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De manière différente, Z Nation prend comme point de départ l’épidémie virale. « L’Homme est un loup pour l’Homme », écrivait Hobbes dans Le Léviathan, c’est d’autant plus vrai dans cette série où l’on sait que le virus a fait l’objet d’expérimentations sur des êtres humains avant la contamination totale. Dans un autre registre, la série britannique In The Flesh, qui s’est terminée au bout de deux saisons, inclut les zombies au milieu des vivants suscitant ainsi leur défiance et leur rejet. Dans un petit village, le héros Kieren Walker, fait partie des « réanimés » qui ont échappé à la « guerre pâle ». En tant que « Survivant du Syndrome de la Mort Partielle », il doit suivre un traitement. De manière similaire dans I Zombie, Liv est également une ado qui se retrouve « morte malgré elle ». Les symptômes du « zombisme » ne peuvent être atténués que si elle dévore le cerveau de cadavres.

Intégrer les morts à la société des vivants

Dans ces deux nouvelles productions, In The Flesh et I Zombie, les zombies sont incarnés par deux ados en pleine quête identitaire. Le « zombisme » est ici la marque de l’étrangeté. Tous deux vont devoir subir le regard des autres lorsque leur côté « zombie » refait surface. Intérieurement tiraillés, ces deux héros mènent un combat solitaire contre le Mal qui les ronge. Dans In The Flesh, le « zombisme » de Kieren réfère également symboliquement à la défiance que subissent les malades du sida ou du cancer. Si les zombies réintègrent le monde des vivants, comme dans le film Warm Bodies, l’exclusion n’est jamais loin. La donne totalement changée modifie les perceptions des proches. Sur ce point, le 27 mai, le film Maggy avec Arnold Schwarzenegger, relate l’histoire d’un père prêt à tout pour maintenir sa fille malade en vie, même en commettant le pire.

Le zombie, le reflet des peurs contemporaines

Dans les séries télévisées, le zombie représente les peurs qui tenaillent notre modernité. « L’Apocalypse Zombie » figure un monde anarchique, où tout s’est effondré, où plus rien ne fonctionne. Spatialement, dans les séries post-apocalyptiques évoquées, les vivants perdent du terrain. Désormais, ils doivent s’enfermer pour se protéger du prédateur Zombie. De la paranoïa, au cannibalisme en passant par des meurtres nécessaires, la survie prend le pas sur l’humanité. C’est l’obsession du groupe mené par Rick dans The Walking Dead. Quand sait-on que l’on vient de basculer dans la barbarie ? Quand sait-on que l’on est devenu fou ? Dans Fear The Walking Dead, la peur qui commence le titre est le sujet principal. Alors que la contamination en est à ses prémices, l’univers des personnages va s’effondrer pour laisser place au règne des morts.

De manière différente, Z Nation se concentre sur le surnombre des zombies et sur leur vélocité. Le second degré est une manière décalée d’aborder le traumatisme des personnages. Comment vivre l’Apocalypse sans devenir fou si ce n’est en parvenant à la mettre à distance par le rire ? Les personnages attachants survivent dans un monde où le désordre engendre des situations absurdes, grotesques et cocasses. C’est que la catharsis passe aussi par le sarcasme cynique. Enfin, dans un tout autre registre, I Zombie et In The Flesh travaille sur les peurs de l’abandon, du rejet et l’exclusion.

Si dans sa saga horrifique, Romero critiquait le statut de consommateur docile des citoyens américains, la consommation effrénée symbolise dans les séries aussi bien un besoin incontrôlable d’appartenance que le rapport boulimique à l’information. La contagion n’a donc pas fini de se répandre pour notre plus grand plaisir, voracité oblige.