Retour sur iZombie : « Une série corrosive sur l’intégration des morts à la société des vivants »

La chaîne américaine CW propose depuis le 17 mars sa nouvelle série, iZombie. Sur les traces de la série britannique In the Flesh, cette nouvelle production fait se côtoyer morts et vivants. Rob Thomas (le créateur de la série Veronica Mars) se cache derrière cette série qui délaisse l’horreur et l’épouvante au profit de la comédie policière. Le ton décalé et rafraîchissant n’est pas sans rappeler Veronica Mars.

Après avoir été contaminée par une mystérieuse drogue, Liv, une jeune étudiante, est devenue une mort-vivante. Elle conserve sa part d’humanité en dévorant les cervelles de cadavres à la morgue. Lors de ces repas très particuliers, elle engrange les souvenirs des défunts assassinés. Son travail à la morgue lui laisse ainsi tout le loisir de se sustenter tandis qu’elle joue les apprentis détectives en collaborant avec Clive Babinaux (Malcolm Goodwin) pour résoudre des affaires non élucidées.

Adaptation des comic-books de Chris Roberson et de Michael Allred, iZombie laisse entrevoir un univers riche de bonnes idées, par moment exploitées maladroitement dans ce premier épisode. Rose McIver incarne une héroïne obstinée, charmante et drôle. Ses talents d’enquêtrice ainsi que ses saillies, très second-degré, offre un cocktail spontané et guilleret. En cela, iZombie se situe clairement dans la veine girly et teenager en articulant histoires de cœur et situations cocasses.

Quand le zombie s’apparente à un vampire, cela donne un teint blafard et une faim immodérée. Aussi, la série iZombie oscille-t-elle entre drame et comédie policière. Comme dans In the Flesh, la monstruosité du zombie est édulcorée pour en faire un être différent en quête d’acceptation de soi. Ainsi, Liv tente d’accepter sa nouvelle condition de zombie. C’est là, le cœur de la série : une héroïne forte traverse une crise identitaire. La voix-off de l’héroïne narre et commente avec subtilité et cynisme les situations absurdes qui parsèment sa nouvelle « existence ».

En somme, iZombie propose de « normaliser » le surnaturel en le dédramatisant. Ce qui donne des situations surprenantes relativisées par des répliques mordantes et décalées. Malgré quelques maladresses, iZombie est une série sympathique et prometteuse. L’intrigue est d’ailleurs soutenue par l’arrivée d’autres zombies, moins amènes que Liv à l’égard des vivants. La seule personne à connaître le secret de Liv est Ravi (Rahul Kohli), le patron de la morgue et, accessoirement, son confident. Il accepte Liv telle qu’elle est car elle représente, à ses yeux, la possibilité de trouver un remède contre le « zombisme ». Dès lors, être zombie serait une maladie d’un nouveau genre.

Avatar nouvelle génération de Buffy contre les vampires, iZombie est un divertissement plaisant et malin où l’héroïne n’a pas peur de dévoiler son côté « dark » à de multiples occasions. Liv est une hybridation entre Veronica Mars et Buffy. La série est donc, pour l’instant, en train de tâtonner. Heureusement, les références aux comic-books pimentent l’ensemble de scènes horrifiques bienvenues.

Centrée sur l’insatiabilité de l’héroïne, iZombie met en scène un zombie polymorphe. Comme une page, désormais blanche, la nouvelle Liv absorbe les souvenirs de personnes inconnues et peut s’accaparer leurs personnalités momentanément. Ainsi, la « ressuscitée » possède à son tour le pouvoir de « ressusciter », de manière éphémère, les disparus. Le rythme trépidant et l’atmosphère acidulée de la série tranche avec les représentations conventionnelles du zombie à la Romero. Fi de la lenteur, des chairs putréfiées et du look peu ragoutant, iZombie rend le zombie « cool ».

Malgré sa propension à dévorer des cervelles, Liv est indubitablement une chic fille. Elle a encore une conscience et des sentiments. C’est seulement sa faim incontrôlable et son teint blafard qui signalent qu’elle n’a plus rien d’humain. Rendre le zombie « smart » et attrayant suppose des scènes riches en drôleries et en décalages. Cette nouvelle série oscille donc entre plusieurs registres, au risque de perdre parfois sa ligne directrice. i-Zombie s’avère, en définitive, un divertissement amusant et surprenant dans ses jeux de miroir avec notre monde moderne. Il n’en reste pas moins que son potentiel n’est pour l’instant pas vraiment exploité. Pour les amateurs de comédies policières légères, c’est un show à découvrir!

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