American Horror Story Hotel: « Une nouvelle saison qui se cherche! »

La série horrifique de Ryan Murphy reprend du service avec une cinquième saison. Le premier épisode est un florilège un peu indigeste d’étrangetés. Sans véritable fil conducteur, il livre les différentes pièces d’un puzzle dont on ne sait encore rien. Critique d’une nouvelle saison qui se cherche.

Un pastiche de Shining

 

Un hôtel désuet, rappelant sans cesse le Shining de Kubrick, sert de cadre mystérieux à l’intrigue. En perte de vitesse, American Horror Story espère renouer avec son succès en prenant la suite des premières et deuxièmes saisons. Après la maison hantée, l’asile d’aliénés des années cinquante, la saison 5 propose un pastiche de l’Overlook Hotel. Reprenant ainsi les légendes des auberges sanglantes et désolées, le réalisateur veut revenir aux racines de l’horreur. En effet, un lieu emblématique, un décor étrange, une ambiance terrifiante, tels sont les ingrédients essentiels d’American Horror Story.

Jessica Lange manque à l’appel

 

Le départ de Jessica Lange, véritable égérie de la série, sonne le glas de sa période faste. Même s’il y avait du bon et du moins bien, son aura portait l’âme de la série. C’est Lady Gaga qui a la lourde tâche de reprendre le flambeau. Si Jessica Lange usait avec brio de toutes les gammes de son jeu d’actrice pour incarner des personnages horribles mais aussi écorchés par la vie, Lady Gaga est pour l’instant figé. Elle fait du « Lady Gaga ». En l’occurrence, la dimension plastique et esthétique prime sur la profondeur.

L’horreur jusqu’à l’écœurement sans la terreur

Comme dans ces clips, l’horreur et l’étrangeté passent par l’image sidérante. C’est le cas, dans la scène de sexe à quatre où le glauque prime sur l’horreur. Le couple infernal qui dévore ses victimes ne laisse aucune chance aux spectateurs de pouvoir compatir au sort infligé aux innocents. Lady Gaga et son look ultra sophistiqué n’est pas sans évoquer Catherine Deneuve dans Les Prédateurs.

Un procédé trop énumératif

 

Chacune des chambres est hantée par un esprit maléfique. Deux touristes suédoises vont l’apprendre à leurs dépens dès les premières minutes. Des scènes de tortures sont esquissées dans la veine de Saw. Il n’en demeure pas moins qu’American Horror Story se cherche une nouvelle âme. Il s’agit de faire du neuf en distillant les fondamentaux du cinéma horrifique. Pour l’instant, l’alchimie n’opère pas car les scènes qui se veulent excessivement horribles ont un parfum de déjà-vu. Les personnages récurrents de la série apparaissent peu dans ce nouvel épisode. Une succession de disparitions sordides dans les chambres au décor glauque rythme cette entrée en matière. Sous l’égide de Lady Gaga, qui incarne la créature de l’hôtel, les âmes des enfants et des adultes se retrouvent prisonnières.

Des indices mystérieux

 

Alors que l’hôtel est sur le point d’être vendu, un policier en perdition y trouve refuge. Marqué par la disparition de son fils, il errait déjà de manière fantomatique à l’extérieur. Pour lui, l’hôtel est un refuge. Surgit alors une interprétation parallèle. Les mystères distillés ne constituent pas une trame d’ensemble. Ils sont semés comme des indices. Renouant davantage avec la dimension horrifique, American Horror Story se recentre sur ce qui fait son succès.

Une galerie de personnages underground

 

Il faut espérer que tout cela se décante au fil des épisodes et que la saison parvienne à trouver son identité propre. En effet, si elle se contente de compiler les références de films comme Shining, Seven ou encore Les Prédateurs, le passage en revue va vite s’avérer lassant. Pour l’instant, AHS Hotel présente une galerie de personnages underground qui errent dans les couloirs sans fin d’un hôtel sans âge. Entre les enfants-vampires, une junkie cynique, une momie perverse, un monstre luxurieux et une femme de ménage chargée du grand nettoyage après chaque orgie, les types de personnages sont des incontournables.
Pour l’instant, on reste un peu sur notre fin.

American Horror Story Bilan saison 4: « Un clou du spectacle poignant pour les Freaks !»

American Horror Story “Freak Show” s’est achevé, l’occasion de dresser le bilan de cette quatrième saison poignante. Malgré une inspiration parfois absente et l’impression d’une intrigue stagnante, cette série reste unique dans le paysage audiovisuel américain. Sans surprise, le final est à l’image de l’ensemble de la saison : il laisse un goût d’inachevé. La thématique des « freaks » était-elle un faux pas ? Ne recouvrait-elle pas trop l’ensemble des saisons précédentes ? Quoi qu’il en soit, American Horror Story a tenté une nouvelle fois de délaisser l’horrifique et le gore. Mais, alors que dans « Convent », la série était parvenue à fédérer un plus large public autour de la dimension surnaturelle, « Freak Show » s’est avéré rempli d’hésitations scénaristiques et de répétitions.

Une saison et un final bicéphales

Cela est particulièrement visible dans le dernier épisode. Dandy Mott a enfin réalisé son rêve : il vient de racheter le cabinet de curiosités d’Elsa Mars. D’emblée, on comprend que le personnage incarné par Finn Wittrock a une trajectoire parallèle à celle de l’héroïne. Il représente son avatar masculin. On peut même aller plus loin en soulignant qu’ils se disputent à distance le titre « de plus grand monstre ». Plusieurs parallèles sont flagrants : Dandy et Elsa rêvent d’être des stars, ils y parviennent tous deux, non sans ironie tragique. En tant que nouveau directeur, Dandy se révèle aussi tranchant et tyrannique qu’Elsa. Enfin, cette saison 4 est une saison bicéphale à l’image des siamoises Bette et Dot Tattler et d’Edward Mordrake. Les double-faces se répondent et représentent un Janus antique et terrifiant qui nécessite des sacrifices.

Dandy et Elsa : le roi et la reine des monstres

Dans cette trajectoire parallèle, Elsa et Dandy constituent deux faces différentes d’une même pièce. En signant l’acte de vente de son cabinet de curiosités, Elsa a sacrifié ses « protégés » en les livrant au psychopathe. Elle participe donc symboliquement au grand massacre perpétré par Dandy qui exécute froidement et méthodiquement la majorité des « freaks » d’une balle dans la tête. Ces deux « étoiles » de la monstruosité vont conclure de « deux clous du spectacle » distincts le « Freak Show ». Dans ce treizième épisode, les survivants de la tuerie, Desiree, Jimmy, Bette et Dot réalisent le rêve de Dandy en lui offrant d’être la star d’un spectacle à sa mesure. La mise en scène de cette vengeance est corrélée à leur volonté de faire de la mort de Dandy une catharsis, un spectacle expiatoire devant un parterre choisi.

Premier clou du spectacle : « No mercy »

Prisonnier d’un cercueil de verre qui se remplit d’eau, Dandy doit réussir à s’échapper comme un nouvel Houdini. Sous les yeux des rescapés, il subit le destin des « freaks » flottant dans des cylindres remplis de formol pour ébahir les visiteurs du musée des horreurs. La mort de Dandy résonne alors étrangement car elle est le résultat d’une vengeance, de la justice des « freaks », mais aussi d’une réalisation des rêves de Dandy. En effet, l’assistance est subjuguée ironiquement par son numéro qui est aussi le clou du spectacle. American Horror Story « Freak Show » tient ici son premier final. Cette fin qui bégaye partage l’épisode en deux temps. On peut d’ailleurs regretter que les “freaks” aient été exécutés sans réelle exploitation scénaristique. Il s’agissait de clore les bans. Tout le monde doit mourir et on ne s’embarrasse pas de sentiment. Aussi, la tragédie de leur destin ne touche-t-elle pas autant qu’elle le devrait. On reste de marbre et on attend la deuxième partie.

Second clou du spectacle : Du rêve à la réalité insipide

Cette seconde partie débute par une ellipse. Huit ans après ces événements, on retrouve Elsa Mars au sommet de sa gloire. Elle a réussi à conquérir Hollywood. Partout, résonne sa voix, s’affiche son visage, à la télé ou bien dans des publicités. The Elsa Mars Hour Show est devenu incontournable. La destinée maudite d’Elsa semble enfin s’être levée, elle est mariée, riche et célèbre. Tous ses rêves se sont réalisés. Elsa Mars, le phénix toujours renaissant, a occulté toutes les avanies subies en Allemagne, et notamment son passé d’actrice porno et de dominatrice. Dès lors, le final d’American Horror Story pêche par le fait qu’il ne surprenne pas. Massimo réapparaît pour lui annoncer qu’il va mourir, Elsa lui révèle qu’elle s’ennuie, qu’elle n’est pas heureuse, qu’elle est seule et que son rêve le plus cher : « être aimé », s’est évanoui.

Mourir sur scène dans sa propre mise en scène

Symboliquement déjà morte, Elsa accepte de faire son show le soir d’Halloween pour embrasser la malédiction de Mordrake. Elle va mourir sur scène et s’y prépare avec sérénité. En entonnant « Heroes » de Bowie, Jessica Lange retrouve le relief qui fait tout le sel de ses prestations. Elsa Mars – que l’on n’a pas toujours suffisamment vu car il y avait trop de personnages et trop d’histoires personnelles qui interféraient avec la trame principale – révèle tout son éclat. En permanence, oscillant entre l’étoile noire et l’étoile scintillante, on retrouve, le temps de cette prestation, l’émotion et la tragédie liée à une destinée hors du commun surnageant au milieu de flots de sang. Malheureusement, on ne le perçoit que de manière fugace en toute fin d’épisode. Cela fait peu.

Elsa Mars : l’étoile des monstres est née

D’autant plus que, fidèle à ce principe de redondance, l’apparition d’Edward Mordrake et de sa troupe de « freaks » devient sympathique. Il s’agit d’emporter Elsa Mars en pleine gloire. Cette mort sur scène est suivie d’une représentation de l’au-delà où tout est pardonné. Elsa y retrouve Ethel, l’autre partie d’elle-même, ainsi que « Ma Petite » et toute la troupe qu’elle chérissait et qui la chérissait en dépit de tout. Ainsi, la morale se clôt de manière attendue sur une Elsa Mars de retour parmi les siens. Sa poursuite de la célébrité était un miroir aux alouettes, un autel sur laquelle elle a sacrifié sa vie et celles des pauvres hères qu’elle recueillait. Reste qu’après le massacre propret perpétré par Dandy, sans horreur, sans hurlement, sans torture, le rideau tombe une deuxième fois sur la scène du « Freak Show ». Après Dandy, c’est au tour d’une Elsa Mars désincarnée de faire son numéro pour l’éternité devant une salle toujours remplie. Et c’est avec l’introduction d’Ethel, une Madame Royale resplendissante, qu’Elsa Mars fait son entrée sous les vivats. L’étoile des monstres brille désormais au firmament sur l’air de « Life on Mars ».

Des monstres heureux et intégrés à la société

La quiétude et le bonheur effacent alors la tragédie du premier final en forme d’hécatombes. Le bonheur d’Elsa, enfin adulée du public et qui a retrouvé l’amour de ses compagnons, rejoint celui des survivants. Bette et Dot attendent un enfant de Jimmy, tandis que Desiree a réalisé aussi son rêve de fonder une famille. Après l’hécatombe, la paix des morts rejoint celle des vivants dans une happy end qui occulte la tragédie. On passe alors d’une extrémité à l’autre dans ce double clou du spectacle. Le premier final éminemment sombre s’estompe sous les lumières du second.

« The Show must go on »

Pour conclure, même si le « Freak Show » a montré des signes indéniables d’essoufflements et de tâtonnements narratifs, American Horror Story reste une série atypique et unique. On ne sait encore rien de la nouvelle direction que prendra la cinquième saison. Mais, on espère retrouver le casting toujours impeccable de cette série de qualité, même si Jessica Lange ne rempilera pas pour une nouvelle prestation. On espère enfin qu’American Horror Story renouera avec le gore, le glauque et l’horrifique proposés de manière intelligente et complexe dans les deux premières saisons. Et, on attend avec impatience la suite de cette série que l’on regardera toujours avec beaucoup d’intérêt. Car comme le dit la chanson « The Show must go on » !