« Mr Pickles, la série animée malsaine et déjantée qui s’apparente à un Sodome et Gomorrhe télévisuel »

Sur la chaîne américaine Adult Swim, coutumière des shows sulfureux, la série animée Mr Pickles n’est pas passée inaperçue. Pastiche cru et hyper gore de Lassie et de Rintintin, elle met en scène une famille ordinaire les Goodman qui vivent sans le savoir avec un chien démoniaque qui enchaîne les horreurs. Cette série déjantée est à prendre pour ce qu’elle est : une collection de tableaux sadiques et horrifiques sans de véritables liens scénaristiques entre eux. Comme un Sodome et Gomorrhe télévisuel, Mr Pickles est une fresque infernale qui oscille entre le malsain et le déjanté. Pour les plus de dix-huit ans.

Voyage au bout de l’Enfer

Mr Pickles, le chien des Goodman adore les cornichons. Cet adorable chien passe en réalité son temps à révérer le Diable lors de rites sacrificiels et à éviscérer des gens pour le plaisir. Si South Park est une série animée également coutumière de la vulgarité et des scènes d’orgies sataniques, de plus ou moins mauvais goût, comme dans le « Noël des petits animaux de la forêt», elle le fait de manière sporadique. Au contraire, Mr Pickles, composée de dix épisodes, repose entièrement sur l’exhibition d’une cruauté sans retenue. Trash au possible et voisine des slashers cinématographiques, Mr Pickles ne fait pas dans la dentelle. Comme dans le théâtre de la cruauté au XVIe siècle où les crimes s’enchaînent sur le plateau au point de paraître cocasses tant il y a de cadavres, la série animée joue sur le plaisir coupable du spectateur à contempler une fresque sanglante.

Sexe, boucherie et difformités

Dans cette perspective, le chien gentillet, membre de la famille modèle des séries acidulées, se transforme en un monstre de perversité obsédé sexuel, boucher et « forniqueur invétéré ». Si l’overdose est proche et qu’elle n’est pas sans susciter le malaise, c’est que les créateurs de la série, Will Carsola et Dave Stewart, déversent de manière ininterrompue des vomissures et des ignominies en proposant une galerie de personnages affreux. La famille Goodman nage au milieu des autres habitants de la bourgade: obèse accroc à la mayonnaise, la peau cireuse et tombante, ou encore voisine hystérique et dégénérée en la personne de l’envahissante Linda. Tous sont difformes et monstrueux comme le jeune maître monstrueusement aveugle et niais de Mr Pickles. Les difformités physiques côtoient les déviances morales les plus affreuses.

Une relecture hallucinée du Jugement Dernier de Jérôme Bosch

De ce fait, si la niche de Mr Pickles se révèle l’antre de la Bête maléfique, seul le grand-père inaudible essaie de révéler ce terrible secret. L’antre immense recèle des cadavres et abrite des disparus tourmentés en permanence. Cette vision de l’Enfer n’est pas sans rappeler plusieurs peintures de Jérôme Bosch : La Messe Noire ou encore L’Enfer musical avec au centre le célèbre Homme-Arbre. Comme ces hallucinations démoniaques et esthétisées, la série animée Mr Pickles est une plongée au sein d’une humanité qui a inexorablement chuté. Elle propose une relecture hallucinée du triptyque de Jérôme Bosch intitulé Le Jugement Dernier. Dès lors, la ville elle-même est une nef des Fous car elle est peuplée de décérébrés.

Un conte cynique et absurdement noir

Misant sur une chaîne ininterrompue de transgressions, allant de la zoophilie, à l’éviscération en passant par les expérimentations insoutenables, Mr Pickles se vautre dans le vice et dans le sang. Le second degré incarné par le générique tonitruant où un chanteur de Heavy Metal félicite Mr Pickles par un « good boy » endiablé, donne le top départ de 45 minutes d’horreur traitées par un second degré qui n’empêche pas la gêne. Aussi, est-on partagé entre la surprise provoquée par des scènes originales et le malaise du à la répétition incantatoire. Cette fable extrêmement noire sur la nature humaine sombre souvent dans une vomissure absurde. Cette anti-comédie assume ses déviances pour susciter un rire étrange, sorte de ricanement incrédule. C’est qu’il faut regarder Mr Pickles comme une variation autour du cauchemar éveillé. Les personnages sont en cela hallucinants et hallucinés. Nul besoin de faire sens pour cette série. Ce n’est pas son but. Précisément, elle exhibe la modernité comme une absurdité infecte. La devise punk « no future » s’accole parfaitement à cette série animée, sorte d’American Dad trash et gore. Malsaine et cynique, la série assume de mettre en scène un suppôt de Satan sous l’apparence d’un chien invincible et malicieux.

Un éloge du rire sardonique

La représentation du sang et de la cruauté n’est pas neuve, Mr Pickles le fait de manière trash pour caricaturer avec outrance les séries familiales acidulées et les dérives de notre époque. Le meilleur ami de l’Homme devient ici son pire ennemi. Comme dans une messe noire, Mr Pickles inverse tous les codes. Clairement, le contre-pied vise autant à choquer qu’à surprendre. Le rire n’intervient pas forcément devant la crudité de certaines scènes. Reste que l’on ne peut enlever à Mr Pickles de représenter un carnage avec cynisme et avec second degré pour mettre à distance une horreur démesurée. Comme dans Titus Andronicus de Shakespeare où le héros éponyme traverse les tourments les plus atroces et finit par rire de ses malheurs, l’outrance de la cruauté amène un rire sardonique. On ne rit pas de bon cœur devant Mr Pickles, on est maltraité par cette série, sidéré et estomaqué par certaines scènes violentes et gore. C’est le seul but de Mr Pickles. Pour les estomacs bien accrochés et à prendre au troisième degré. Âme sensible s’abstenir. Pour les plus de dix-huit ans.