Animé Parasite : « L’extinction de l’humanité dans une fresque glaçante »

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L’année 2015 promet d’être prolifique pour redécouvrir l’excellent seinen (manga pour jeunes adultes) d’Hitoshi Iwaaki. Peu connu du grand public en France, les dix volumes du manga se sont écoulés à des millions d’exemplaires dans le monde entier. En octobre dernier, le studio Madhouse a proposé une adaptation animée de ce manga culte. En outre, en décembre la première partie du « film-live », Kiseijû : Sei no Kakuritsu, a été diffusée au Japon tandis que la seconde l’a été au début de l’année. En France, ce sont les éditions Glénat qui publient le manga.

« Ils ont faim de chair humaine »

Depuis des millénaires, l’humanité règne sans partage sur la planète Terre, exploitant ses ressources tant minérales, que végétales et animales. Par l’élevage, la société humaine a pourvu à ses besoins pour survivre. Mais, un jour d’étranges sphères extraterrestres, abritant des parasites, déferlent sur Terre. Rapidement, certains habitants sont infectés par ces entités venues d’ailleurs. Leur origine est inconnue. En prenant possession de leurs hôtes, elles massacrent méthodiquement toutes les personnes qu’elles croisent. La présentation donne le ton de cet animé horrifique : « They arrive in silence and darkness. They descend from the skies. They have a hunger for human flesh. They are everywhere. They are parasites, alien creatures who must invade – and take control of – a human host to survive” (“Ils arrivent silencieusement et dans les ténèbres. Ils viennent des cieux. Ils ont faim de chair humaine. Ils sont partout. Ce sont des parasites, des créatures extra-terrestres qui doivent envahir – en en prenant le contrôle – des hôtes humains pour survivre »).

Un héros hybride

Le héros Shin’ichi est un jeune lycéen dont le cerveau a miraculeusement été épargné, lors d’une infection. En effet, il a pu arrêter la progression de son parasite en garrottant son bras. Il va vivre alors une intrigante cohabitation avec cette créature qui a fusionné avec sa main droite. Baptisée Migy, cette entité octroie des capacités surhumaines à son hôte. A présent créature hybride, mi-humaine, mi-extraterrestre, Shin’ichi développe un attachement paradoxal pour cet être qui veut tout savoir sur l’humanité. A présent, investi d’une mission, le héros s’attache à sauver les humains qui n’ont pas été encore contaminés. Mais la progression des parasites est telle qu’elle met en péril la population humaine.

Alchimie entre gore et méditations sur l’humanité

La science fiction et l’horreur se mêlent dans cette histoire qui est véritablement passionnante. Bien que la parution des mangas se soit terminée en 1995, il n’en reste pas moins que la trame fourmille de réflexions distanciées sur le comportement de l’humanité, devenue au fil des millénaires, un super-prédateur incontesté et qui trouve là des rivaux voraces. La réussite de Parasite repose sur une savante alchimie entre des scènes crues, au gore assumé, et l’hypothèse dérangeante que l’humanité ne mériterait pas de survivre. En cela, l’arrivée des parasites ne représenterait plus qu’une évolution inévitable. Enfin les moments surréalistes de complicité et d’humour entre l’extra-terrestre et Shin’Ichi tempèrent la gravité de l’histoire par un peu de légèreté. Effectivement, ce tandem improbable va s’allier et partir en croisade contre les autres parasites qui constituent un péril immédiat pour l’humanité.

Les parasites : l’avenir de l’évolution

Sublimée par une animation de qualité, l’invasion démarre par l’éclosion des œufs qui laissent apparaître des vers qui pénètrent dans le corps humain pour contaminer le cerveau de l’hôte. Une fois cette phase accomplie, le besoin primaire de s’alimenter est l’obsession de ces ogres du troisième type. Habiles dans l’art du camouflage, les parasites peuvent se fondre dans la population en arborant différents visages. Leur comportement est purement instinctif, loin des tergiversations humaines.

Une invasion éclairée par différents points de vue

Parasite suscite l’intérêt par des personnages complexes. Satomi Murano, la meilleure amie du héros l’aide à surmonter sa nouvelle condition d’hybride. En outre, l’intrigue alterne habilement points de vue des parasites et contradictions humaines de manière à éclairer avec distance les événements. Il en résulte une inflexion philosophique qui rend cette histoire très intéressante. Les questions suscitées restent en suspens et succèdent à des scènes de combat ou de dévoration superbement réalisées mais parfois insoutenables.

Une intrigue résolument pessimiste sur les êtres humains

Les nombreux rebondissements captivent de bout en bout. En effet, l’action et le gore ne sont jamais gratuits et sous-tendent une observation d’ensemble des comportements humains. Cette distanciation fait tout le sel de cette histoire où le parti-pris est inexistant. Comme les yeux exorbités et globuleux des parasites, le regard et la subjectivité des spectateurs tiennent ici un rôle primordial. En cela, la trame subjugue car les massacres des parasites trouvent leur justification naturelle dans leur statut d’espèce conquérante et dominatrice, statut que l’humanité occupait précisément avant leur arrivée. Ce renversement des rôles marque que les prédateurs sont dorénavant des proies. Il permet également de mettre en perspective le manque d’empathie des humains envers les autres espèces.

Les parasites symboles d’une humanité excessive

Le visiteur spatial, Migy, se comporte comme s’il menait une étude scientifique de l’humanité. En ce sens, il en relève avec justesse les paradoxes, les contradictions et les incohérences. Pour ces parasites, l’Homme est une créature irresponsable et leur arrivée est donc un bienfait dans l’évolution de cette espèce. D’emblée, la trame surprenante séduit. Au fil de l’histoire, on assiste à l’évolution du héros et à la modification de sa perception des parasites. Finalement, leurs carnages peuvent-ils être comparés au bétail massivement abattu par les Hommes, à la surpêche, à la chasse excessive et à une extermination progressive des espèces menant à une Sixième grande extinction? En développant ces questions cruciales, Parasite recompose le paysage planétaire en soulignant de manière lancinante que l’espèce parasitaire serait, en réalité, l’Homme.

Une fresque éminemment dérangeante

Dès lors, la mission secrète de ces parasites serait de rétablir un équilibre entre l’Homme et son environnement naturel. Par conséquent, les extra-terrestres symbolisent, en creux, les avatars grimaçant et hideux d’une humanité prisonnière de ces excès. Ces super-prédateurs sont capables d’évoluer à l’infini. Pour accompagner leurs mutations, la bande-son sera composée par Ken Arai. Aux limites de l’insoutenable, Parasite, offre la fresque glaçante d’une humanité immodérée aux prises avec ses propres démons, symbolisés par les envahisseurs.

Mutations et chairs déformées

A ce propos, leur capacité de fusionner avec l’ADN de leur hôte n’est pas sans évoquer le chef-d’œuvre de John Carpenter, The Thing (1982). Dans une base de l’Antarctique, des scientifiques norvégiens découvrent un vaisseau spatial prisonnier des glaces. A son bord, une forme de vie métamorphe, capable d’imiter à la perfection l’ADN. Dès lors, les êtres infectés sont affreusement déformés, démantibulés, dans de répugnantes et d’atroce contorsions. La bande-annonce de l’adaptation cinéma du manga expose sans fard les mutations horribles des chairs. C’est Shota Sometani qui incarne Shin’ichi Izumi. D’ores et déjà, l’ensemble est à suivre absolument !

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