The Last Man On Earth: “La série comique qui revisite le registre post-apocalytique!”

La chaîne américaine FOX fait le pari osé, avec The Last Man On Earth, de renouveler le registre post-apocalyptique dans lequel s’inscrivent de nombreuses séries actuelles. Cette nouvelle production est menée avec brio par Will Forte, qui incarne également le dernier homme (et pas Homme) sur Terre. Ni zombie, ni invasion extraterrestre dans cette série atypique. La raison de l’extinction de l’humanité reste volontairement floue. On sait seulement qu’un virus aurait décimé la majeure partie des êtres humains.

Des subterfuges psychologiques pour faire face à une solitude vertigineuse

Ne reste plus que Phill Miller qui écume les Etats-Unis en camping-car afin de trouver d’autres survivants. Sa route est jalonnée d’affiches placardées ici et là et de messages. Cette comédie parvient à allier les situations les plus loufoques avec les instants poignants où le personnage contemple sa vertigineuse solitude. Dans The Last Man On Earth, la trame expose les subterfuges psychologiques utilisés par le personnage pour tenir mentalement. Dans cette ville déserte, Phill se crée des compagnons d’infortunes sous la forme de ballons qui symbolisent des visages. Ces derniers l’accompagnent dans toutes ses activités décalées. Il s’invente également une compagne sous les traits d’un mannequin dans une vitrine. S’adapter à cette situation inédite et totalement sidérante, tel est le défi que doit relever Phill. Ses récréations sont autant les signes de sa liberté que les palliatifs à son désespoir.

Une comédie noire alternant tragi-comique et vaudeville

Alternant les registres, cette comédie noire passe du tragi-comique au vaudeville avec l’arrivée d’une survivante aux tendances hystériques : Carol (Kristen Schaal). Dans un renversement habile, le dernier couple sur Terre devient symbolique le premier. Ces nouveaux Adam et Eve doivent se charger de repeupler la planète. Pourtant, rien ne se passe comme prévu. Alors que Phill souhaitait à tout prix trouver une compagne, il en vient à regretter sa liberté et sa solitude.

Un huis-clos symbolique où « L’Enfer, c’est les autre »

Dans un huis-clos qui n’est pas sans rappeler la pièce de Sartre et son célèbre « L’Enfer, c’est les autres », la série propose une dystopie où l’espace et le temps ne comptent plus. En effet, la maison dans laquelle vit Phill, le quartier et ses échoppes, constituent le théâtre clos où vont se jouer les disputes, les confidences et les doutes des personnages. Construite comme une pièce de théâtre, la série introduit chaque nouveau personnage par des entrées fracassantes sur scène. Peu à peu, la frontière entre réalité et fiction se dissout. De fait, on ne sait si les crises hystériques de Carol sont des hallucinations de Phill ou bien si elles correspondent aux tourments qu’il soit subir dans cet avatar de l’Enfer. L’enfermement avec les autres personnages produit des situations cocasses ainsi que des répliques jouissives et totalement décalées. On passe un agréable moment en compagnie de ces « survivants » dont on ne sait s’ils ne sont pas déjà morts en réalité.

Après l’Apocalypse, la folie douce

En outre, les flash-back sur la vie de Phill avant la catastrophe permettent de découvrir la personne qu’il n’est déjà plus. La dualité des identités dans ce nouveau monde, où les personnages vont devoir trouver leurs marques, dénote également les moyens que chacun va mettre en œuvre pour se protéger et tenir mentalement. Les activités de Phill sont autant d’exutoires destinés à préserver sa santé mentale. Aux limites de la folie douce, Phill et Carol semblent deux naufragés qui ont atterri dans une nouvelle contrée.

Une représentation originale de l’Enfer et du Jugement Dernier

Loin de l’errance des héros de Walking Dead, The Last Man on Earth relate la destinée de Phill après son voyage sur les routes. A présent, sédentaire, le héros est tiraillé entre ses habitudes désordonnées et la nécessité de se contraindre pour reconstruire quelque chose. Poursuivant ainsi la métaphore filée de l’Enfer, la série offre au personnage plusieurs Tentations qui sont autant de trajectoires. Tout au long de l’intrigue, il semble que l’entité avec laquelle discute Phill (Dieu ou le Diable) prend un malin plaisir à jouer avec le héros.

Une dystopie jouissive et surprenante

Si les caractères opposés de Carol et de Phill semblent de prime abord caricaturaux, on s’aperçoit vite que ces excès et ces décalages permettent de créer un espace étrange qui côtoie la folie. Les situations sidérantes ou hallucinatoires constituent des moments à la fois déroutants et très drôles. The Last Man On Earth réussit à revisiter le genre post-apocalyptique sans ennuyer. En adoptant la perspective d’un Enfer tragi-comique, Will Forte entraîne le spectateur dans une dystopie jouissive et surprenante ! A découvrir sans plus tarder !