Série Powers : « Ce polar nouvelle génération mêle parfaitement thriller et science-fiction »

Les épisodes de la série événement de Playstation Network sont disponibles depuis le 10 mars. Après Amazon et Netflix, c’est le baptême du feu pour la firme de Sony qui souhaite à son tour se positionner sur le marché des séries télé. Powers est une adaptation des comic books éponymes de Brian Michael Bendis et Michael Avon Oemig. La série offre à tous les amateurs du genre une approche neuve des super-héros et de leurs super-pouvoirs.

Quand les super-héros deviennent des super-vilains

Dans un futur proche, la ville de Chicago est secouée par la multiplication de méfaits perpétrés par des hommes aux capacités exceptionnelles. Le silence glaçant sur les scènes de crimes est seulement interrompu par le va et vient de deux détectives spécialement mandatés pour résoudre ces affaires très spéciales. Confrontées à la possible impunité de ces êtres extraordinaires, les autorités ont crée une section dans le département des homicides appelée « Powers ». Celle-ci réfère aux différents pouvoirs  que les criminels ont utilisés pour commettre leurs forfaits.

Le duo de flics enquêtant sur des meurtres hors-normes: Charlto Copley (Christian Walker), Susan Heyward (Deena Pilgrim)@Playstation Network

Un polar fantastique et anxiogène

Particulièrement anxiogène, la série Powers mêle habilement polar et fantastique. Cette nouvelle production aborde d’une nouvelle manière les responsabilités qui incombent à ceux qui possèdent des dons surnaturels. Que se passe-t-il si des super-pouvoirs ne servent pas à faire le bien mais à commettre des crimes ? Ce phénomène croissant inquiète les autorités locales. Comme une épée de Damoclès, le risque est permanent.

Un Chicago fantasmé menacé par des pouvoirs inquiétants et dangereux

Particulièrement intimiste, la série se centre sur Christian Walker (Sharlto Copley vu dans District 9) et sur sa partenaire, Deena Pilgrim (Susan Heyward vue dans the Following). Le premier, ancien super-héros, a intégré les forces de police après avoir mystérieusement perdu ses pouvoirs. Les confrontations avec les super-vilains réussissent le pari de redonner aux super-héros une dimension monstrueuse et inquiétante. Malgré leurs capacités extraordinaires, leurs désirs et leurs aspirations restent égocentrés. De surcroît, le héros tourmenté entretient un lien étrange avec ceux qui ont choisi le profit facile et les meurtres à bon compte. Ces derniers, totalement incontrôlables, sont esclaves de leurs pulsions. Ils se sont peu à peu détachés de leur humanité. En effet, dans les films et séries récents, les super-héros, malgré leur face obscure, ne sont pas des anarchistes, ils protègent la société et ses citoyens. Ils cherchent à concilier leur aspiration à la normalité et leur identité super-héroïque. Ici, il n’en est rien puisque les « héros » ne constituent pas un groupe homogène. Parmi eux, certains agissent en super-prédateurs lorsqu’ils prennent conscience de leurs capacités. Leur mégalomanie menace la ville toute entière ainsi que l’harmonie relative avec les humains dépourvus de pouvoirs.

De gauche à droite: Michelle Forbes (Retro Girl), Charlto Copley (Christian Walker), Susan Heyward (Deena Pilgrim), Olesya Rulin (Calista), Eddie Izzard (Wolfe) et Noah Taylor (Johnny Royale) @Playstation Networks

Une anarchie et une paranoïa rampantes

Powers ménage une tension inquiétante en laissant planer la menace d’un massacre d’envergure. La série réactualise le canevas traditionnel des super-héros en les associant aux peurs de l’inconnu et de l’incontrôlable. De manière réaliste et intimiste, Powers interroge plus largement sur les problèmes nouveaux posés par des êtres hors-normes, capables de détruire la société. Souvent les récentes fictions américaines ne donnent que des variantes de l’Armageddon. Face à cela, le super-héros incarne celui sur lequel on peut toujours compter, le rempart ultime et invincible contre le Mal. Mais, qu’advient-il lorsque c’est lui qui le commet ? Qui pour protéger les citoyens lambda ? Dans leurs fragilités et leurs pénombres, les deux détectives apparaissent parfois démunis face aux pouvoirs qu’ils doivent contrer. En l’occurrence, des super-capacités sans principe renvoient au néant et à la destruction. Ce qui sauve Christian Walker et Deena Pilgrim, c’est la solidité de leurs convictions. Dans ce monde où les super-héros peuvent devenir des criminels, quelles marges de manœuvre restent-ils à la police ?

Des personnalités atypiques

Michelle Forbes, Eddie Izzard, Noah Taylor, Logan Browning et Olyesa Rulin complètent le casting. Tous constituent une galerie de personnalités atypiques qui suscitent un vif intérêt. Cette série distille intelligemment une atmosphère néo-noire où transparaît la peur d’une anarchie rampante. En effet, pourquoi respecter les lois quand on est superpuissant ? Aussi, la division « Powers » se doit-elle de maintenir la paix coûte que coûte. Dans des décors ténébreux et aseptisés, Powers ne sombre jamais dans le risible. Les super-capacités sont dévoilées par bribes. En choisissant de montrer leurs conséquences plutôt que de les exhiber, la série instille une atmosphère paranoïaque. Ce polar, nouvelle génération, se joue brillamment des codes habituels propres au genre. A découvrir !