UnReal : « La série qui exhibe avec brio les rouages de la télé-réalité !»

Diffusée par la chaîne américaine Lifetime, la série UnReal dévoile les coulisses sordides d’une émission de télé-réalité du type The Bachelor. En multipliant les personnages complexes et les situations explosives, UnReal est une véritable réussite. La prestation de Shiri Appleby qui incarne Rachel Goldberg est savoureuse. Analyse d’une des très bonnes séries à suivre dès maintenant.

Dans une villa à Los Angeles, une équipe tourne une nouvelle saison de l’émission Everlasting. Le prince charmant de service accueille ses prétendantes sur le perron de son « palais ». La mécanique semble parfaite, sans le moindre accroc. Pourtant la productrice de l’émission ne tarde pas à faire entendre sa gouaille railleuse et autoritaire. La scène ne lui convient car le célibataire n’est pas assez charmeur à son goût.

Manipulation et artificialité

L’artificialité du programme repose sur les interventions incessantes de cette chef d’orchestre peu commode. Comme une chorégraphie, les techniciens s’affairent autour des participantes. Elles sont venues là pour trouver l’amour. C’est le discours officiel. En réalité, elles deviennent des actrices malgré elles, manipulées par Rachel Goldberg, qui est là pour rendre le programme passionnant.

Exhiber les rouages de la télé-réalité

Très vite, les mécanismes de la télé-réalité sont disséqués de manière savoureuse. Tous les coups sont permis pour que les participantes donnent ce que le public veut voir. Rachel doit susciter les retournements de situation qui constitueront les temps forts du show. Dans une tonalité impitoyable, on voit la torture mentale s’abattre sur des candidates choisies précisément pour leurs névroses. C’est que chacune doit tenir son rôle. La méchante de service doit en mettre plein la vue, comme la bimbo mexicaine et la mère dépressive.

Une héroïne ambigüe

Rachel est la meilleure dans son job. Pourtant, la saison précédente a été marquée par sa crise de nerfs alors que le mariage entre les « amoureux » avait lieu. A la fin de l’émission, Rachel détruit le mécanisme de l’émission pour révéler à la candidate la supercherie. Heureusement pour Rachel, faire éclater la vérité a fait exploser l’audimat. Elle repart donc une nouvelle fois dans cet univers qui l’écœure : celui du mensonge et de la manipulation. En tous cas, le « Bachelor » comme les candidates font confiance à Rachel qui entre d’emblée dans leur intimité grâce à des informations transmises par oreillettes. Particulièrement ambigüe, l’héroïne oscille entre empathie et cruauté.

Un envers du décor sordide traité avec subtilité

Les coups bas et le passé des prétendantes, exhibé de manière horrible, contribuent vite à fissurer la parfaite image du programme. La réalité sordide des coulisses se déversent peu à peu sur le tournage. A force de chantages ou de manipulations, les acteurs malgré eux obéissent aux injonctions qu’on leur donne. Comme une exhibition malsaine de plus en plus trash, le show vire à l’infect. Le « conte de fées » se transforme alors en cauchemar. Sexe, beuveries, disputes et crises de larmes, voilà ce que veut voir le public. La dictature de l’audimat déshumanise rapidement l’émission.

Les ravages d’une mécanique dévastatrice

Reste que le cynisme ravageur de la série exhibe avec brio les blessures de chacun des personnages. Dès lors, l’émission n’est plus que la simple exhibition sordide des travers et des espoirs des uns et des autres. Nul respect de part des techniciens, ni de la directrice de la production, le temps c’est de l’argent. Dans cet univers sans foi ni loi, la belle histoire d’amour se transforme en cloaque putride. Si Rachel est de retour, c’est qu’elle poursuit le but de détruire de l’intérieur cette émission infernale. Elle trouve dans le « prince charmant », un allié inattendu pour faire cesser cette mécanique dévastatrice.

Une critique brillante et intelligemment menée

Brillamment interprétée, complexe, drôle et tragique, la série UnReal est un régal. C’est une fresque à la fois touchante et cruelle sur le phénomène « télé-réalité », du voyeurisme des téléspectateurs aux moyens peu ragoûtants de la production pour parvenir à ses fins, les séquences s’enchaînent. Le sadisme n’est jamais loin, notamment avec la productrice totalement amorale. Elle est la garante du fonctionnement de la machine « divertissement » et elle ne doit à aucun prix la laisser s’enrayer. Au milieu de ce cloaque où tous ont vendu leurs âmes, l’héroïne ne perd pas de vue sa mission qui confine au salut public. Véritable réussite, la série UnReal est à découvrir sans plus tarder !