Série Fear the Walking Dead : « Le succulent prequel de The Walking Dead!»


La série dérivée de The Walking Dead a été lancée le 23 août dernier sur la chaîne américaine AMC.Voici la critique du  pilote qui annonce une série très prometteuse.

En relatant les prémices de la mystérieuse épidémie qui fait revivre les morts, Fear the Walking Dead se centre sur la panique croissante des habitants de Los Angeles. Les cas suspects se multiplient à travers la mégalopole. Les Walkers apparaissent lors d’images sporadiques qui viennent clôturer une tension habilement distillée. Leur décomposition n’a pas eu le temps de survenir. Ainsi, leur apparence est encore à moitié humaine et le sang coule à flots.

Robert Kirkman joue sur la connaissance des spectateurs de l’intrigue de The Walking Dead. L’univers post-apocalyptique laisse place à une pré-apocalypse. Les habitants ne sont pas encore des survivants. En insistant sur le décalage entre la ville, sa normale frénésie et ses citadins préoccupés par leur quotidien, et les faits anormaux qui éclatent un peu partout, la série instille un vertige entre ce qui est et ce qui survient.

Très habilement menée, l’intrigue met en scène des personnages d’emblée attachants et qui échappent à la caricature de la famille lambda américaine. En effet, ils ont suffisamment de profondeur pour faire oublier le canevas, somme toute habituel, de la famille recomposée. Dans ce prequel, les zombies sont avant tout des humains infectés par une mystérieuse maladie. La peur repose sur l’inconscience des habitants, le Mal qui avance et l’impossibilité de comprendre les causes de l’épidémie.

Fear the Walking Dead revient donc sur la pandémie avec brio. On suit avec plaisir les péripéties de cette famille qui fait partie de celles qui commencent à concevoir l’inconcevable avant que le Mal ne s’abatte totalement. Très sobre et réaliste, la série refuse la surenchère. Sa subtilité entraîne dans un vertige insondable et inexorable. En effet, on contemple un monde en sursis qui va sombrer. Les indices anormaux sont savamment distillés de manière à indiquer que l’horreur est sur le point de s’abattre. C’est que les morts-vivants attendent leur heure dans l’ombre. Leurs quelques incursions sont rapidement annihilées, mais pour combien de temps encore ? Fear the Walking Dead annonce finement l’avènement des morts. A suivre sans hésiter !

Retour sur iZombie : « Une série corrosive sur l’intégration des morts à la société des vivants »

La chaîne américaine CW propose depuis le 17 mars sa nouvelle série, iZombie. Sur les traces de la série britannique In the Flesh, cette nouvelle production fait se côtoyer morts et vivants. Rob Thomas (le créateur de la série Veronica Mars) se cache derrière cette série qui délaisse l’horreur et l’épouvante au profit de la comédie policière. Le ton décalé et rafraîchissant n’est pas sans rappeler Veronica Mars.

Après avoir été contaminée par une mystérieuse drogue, Liv, une jeune étudiante, est devenue une mort-vivante. Elle conserve sa part d’humanité en dévorant les cervelles de cadavres à la morgue. Lors de ces repas très particuliers, elle engrange les souvenirs des défunts assassinés. Son travail à la morgue lui laisse ainsi tout le loisir de se sustenter tandis qu’elle joue les apprentis détectives en collaborant avec Clive Babinaux (Malcolm Goodwin) pour résoudre des affaires non élucidées.

Adaptation des comic-books de Chris Roberson et de Michael Allred, iZombie laisse entrevoir un univers riche de bonnes idées, par moment exploitées maladroitement dans ce premier épisode. Rose McIver incarne une héroïne obstinée, charmante et drôle. Ses talents d’enquêtrice ainsi que ses saillies, très second-degré, offre un cocktail spontané et guilleret. En cela, iZombie se situe clairement dans la veine girly et teenager en articulant histoires de cœur et situations cocasses.

Quand le zombie s’apparente à un vampire, cela donne un teint blafard et une faim immodérée. Aussi, la série iZombie oscille-t-elle entre drame et comédie policière. Comme dans In the Flesh, la monstruosité du zombie est édulcorée pour en faire un être différent en quête d’acceptation de soi. Ainsi, Liv tente d’accepter sa nouvelle condition de zombie. C’est là, le cœur de la série : une héroïne forte traverse une crise identitaire. La voix-off de l’héroïne narre et commente avec subtilité et cynisme les situations absurdes qui parsèment sa nouvelle « existence ».

En somme, iZombie propose de « normaliser » le surnaturel en le dédramatisant. Ce qui donne des situations surprenantes relativisées par des répliques mordantes et décalées. Malgré quelques maladresses, iZombie est une série sympathique et prometteuse. L’intrigue est d’ailleurs soutenue par l’arrivée d’autres zombies, moins amènes que Liv à l’égard des vivants. La seule personne à connaître le secret de Liv est Ravi (Rahul Kohli), le patron de la morgue et, accessoirement, son confident. Il accepte Liv telle qu’elle est car elle représente, à ses yeux, la possibilité de trouver un remède contre le « zombisme ». Dès lors, être zombie serait une maladie d’un nouveau genre.

Avatar nouvelle génération de Buffy contre les vampires, iZombie est un divertissement plaisant et malin où l’héroïne n’a pas peur de dévoiler son côté « dark » à de multiples occasions. Liv est une hybridation entre Veronica Mars et Buffy. La série est donc, pour l’instant, en train de tâtonner. Heureusement, les références aux comic-books pimentent l’ensemble de scènes horrifiques bienvenues.

Centrée sur l’insatiabilité de l’héroïne, iZombie met en scène un zombie polymorphe. Comme une page, désormais blanche, la nouvelle Liv absorbe les souvenirs de personnes inconnues et peut s’accaparer leurs personnalités momentanément. Ainsi, la « ressuscitée » possède à son tour le pouvoir de « ressusciter », de manière éphémère, les disparus. Le rythme trépidant et l’atmosphère acidulée de la série tranche avec les représentations conventionnelles du zombie à la Romero. Fi de la lenteur, des chairs putréfiées et du look peu ragoutant, iZombie rend le zombie « cool ».

Malgré sa propension à dévorer des cervelles, Liv est indubitablement une chic fille. Elle a encore une conscience et des sentiments. C’est seulement sa faim incontrôlable et son teint blafard qui signalent qu’elle n’a plus rien d’humain. Rendre le zombie « smart » et attrayant suppose des scènes riches en drôleries et en décalages. Cette nouvelle série oscille donc entre plusieurs registres, au risque de perdre parfois sa ligne directrice. i-Zombie s’avère, en définitive, un divertissement amusant et surprenant dans ses jeux de miroir avec notre monde moderne. Il n’en reste pas moins que son potentiel n’est pour l’instant pas vraiment exploité. Pour les amateurs de comédies policières légères, c’est un show à découvrir!

Série Z Nation : « Des zombies revivifiés grâce au second degré »

La nouvelle série de zombies, Z Nation, s’inscrit résolument dans l’action. Son côté bourrin est parfaitement assumé et se révèle jouissif. Cette production de la chaîne américaine Syfy montre crument et sans ambages un monde post-apocalytique peuplé de zombies. Cette production « revivifie » des zombies devenus passablement fades au fil des adaptations télévisées ou cinématographiques.

Des zombies revivifiés

Z Nation assume de ne pas se prendre au sérieux. Entre la série Z et le show horrifique, les zombies sont affamés, courent après leurs proies et se révèlent des prédateurs diablement rusés. L’histoire commence par des tests cliniques sur des prisonniers opérés dans l’urgence avant que les zombies ne pénètrent dans l’immeuble. D’emblée, les balles et les hurlements fusent. Mark Hammond (Harold Perrineau, vu dans Lost) doit traverser des Etats-Unis dévastés pour amener le cobaye qui a survécu jusqu’à Los Angeles où se trouve le laboratoire de la dernière chance.

Ironie et décalages au cœur de cette série prenante

Les survivants se raccrochent à cet espoir. Parmi eux, un sémillant et mystérieux agent militaire, reconverti en animateur radio, ravive la flamme. Z Nation joue avec gourmandise sur les décalages. Tous les personnages sont désinvoltes ou mettent à distance les types de personnages habituels de ces productions catastrophico-horrifiques. L’ironie point derrière le déluge d’hémoglobine et les armes de guerre. Paradoxalement, cette dimension apporte pourtant une vision réaliste de l’apocalypse. Devant un tel événement, comment pourrait survivre l’humanité restante si ce n’est en tournant en dérision une situation a priori désespérée ?

L’auto-dérision comme arme anti-zombie

Qu’ils soient traumatisés, marginaux ou fous, les personnages témoignent des ravages de la catastrophe. Face à une pandémie incontrôlable et incompréhensible, les fous ne seraient-ils pas les mieux armés ? La fameuse « nef des fous » d’Erasme trouve ici un écho avec la troupe des survivants. En l’occurrence, dans cette série, on fait fi des bons sentiments. Mark Hammond qui est présenté comme un militaire martial et vigoureux, chef tout droit désigné, est en réalité une fausse piste car il meurt sous les morsures d’un nourrisson fraîchement transformé en zombie.

Une série qui ose

Au sein des outrances inhérentes au genre, Z Nation a le mérite d’oser et de proposer des scènes atypiques. Tout n’est pas parfait mais on suit avec plaisir cette nouvelle série car le rythme haletant ne laisse aucun répit. La panique et la désorientation visibles sur les visages des survivants gardent le spectateur dans une tension habile qui ne réduit pas cette série à un concours de shoot de zombies. L’une des scènes marquantes est la dévoration de Mark Hammond par le nourrisson-zombie. La série dévoile l’horreur de la transformation d’un être au début de sa vie en mort-vivant. Sans s’attarder sur les effets spéciaux, parfois cheap, il n’en demeure pas moins que le nourrisson ne survit pas miraculeusement au milieu du cataclysme, bons sentiments obligent, et que celui que l’on présentait comme le chef sera victime de ces mêmes « bons sentiments » en voulant tuer le nourrisson mort-vivant.

Un ultime espoir au sein du chaos

La route sera semée d’embûches et de zombies jusqu’en Californie. L’ex-prisonnier, anti-héros par excellence, détient le sort de l’humanité dans ses globules rouges et cache un sombre secret qui pourrait mettre en péril la mission. Même les militaires, sans hiérarchie véritable, n’hésitent pas à éliminer des survivants trop nombreux qui mettraient en péril les faibles rations. Ce pur divertissement est jouissif car il ne fait pas dans la dentelle. Road-movie qui ne se prend pas au sérieux, Z Nation est une relecture ironique et savoureuse du genre. Elle se présente comme un cauchemar oscillant entre l’horrifique et le délirant. En complément de Walking Dead, rien n’empêche donc de se laisser séduire par cette nouvelle série où l’on ne s’ennuie pas. A voir !